Questions

 

Dans cette section, vous pourrez poser des questions sur divers sujet qui, naturellement, devront tourner autour du Bujinkan, du budo et des arts martiaux en général . Je vais essayer d’y répondre au mieux de mes connaissances. Si je n’ai pas la réponse, je pourrai tenter de me renseigner la prochaine fois que je serai au Japon.

Mon art martial est-il trop limité?

 

À l’origine, différents arts martiaux ont été créés pour des besoins spécifiques. Les adversaires attaquaient toujours de la même manière, alors pour quoi chercher de nouvelles méthodes de défense si celle que l’on utilisait était suffisante. Dans les temps anciens, les arts martiaux n’étaient pas un loisir, mais une méthode pour survivre. Beaucoup de style d’arts martiaux sont demeurés identiques en gardant ces techniques efficaces.

 

De nos jours, la survie étant moins essentielle, on se tourne davantage vers la quête de connaissances plutôt que juste la survie. Une nouvelle réalité qui fait en sorte que trop souvent dans notre art martial, on a l’impression que l’on cesse d’apprendre de nouvelles choses. Mise à part son efficacité, l’une des choses qui me garde toujours dans le Bujinkan, est que même après 38 ans de pratique, je découvre toujours de nouvelles choses. Des principes que je n’avais pas vus, des agencements qui ne me seraient jamais venus à l’idée auparavant. Nous avons un style qui a évolué dans l’air moderne en s’adaptant aux armes à feu, en se défendant efficacement contre la plupart des sports de combat (nous ne sommes pas limités par les automatismes des règles sportives en situation de combat réel). Grignoter des miettes de techniques à gauche et à droite n’est pas une solution. La plupart des arts martiaux gardent leurs bonnes techniques pour les étudiants avancés et non pour ceux qui ne seront là que pour quelques degrés après la ceinture noire.

 

J’ai abandonné un style où j’étais 6e dan parce que je trouvais que je n’apprenais plus de nouvelles choses depuis un certain temps déjà. Oui, bien sûr, il y avait de nouveaux katas, des enchaînements de mouvements que je connaissais depuis des années, mais rien de vraiment neuf. Comme beaucoup de gens, le combat sportif est l’une des grandes motivations. Mais avec les années, on finit par être moins motivé par cela. Est-ce que mon art martial est trop limité? Si je ne développe pas de nouvelles compétences, ou de nouvelles façons de faire les choses depuis un certain temps, je pense que l’on peut dire que l’art que je pratique est limité. Heureusement pour moi, je sais que dans mon art actuel, je ne verrai probablement pas tout ce qu’il y a à voir de mon vivant. Il y a tellement de choses à découvrir. 

 

 

Est-ce que c’est possible de se défendre contre un adversaire muni d’un couteau?

 

Je pense que c’est une question que beaucoup de pratiquants d’arts martiaux se posent. La réponse est oui. Au fil des ans, j’ai eu facilement entre 12 et 15 étudiants (incluant mes étudiants dans le domaine de la sécurité) qui ont été confrontés par ce type d’arme blanche. Tous s’en sont bien sortis. 

 

Pour y parvenir, il y a des règles à suivre. Le premier conseil est de pratiquer si possible avec des couteaux en métal. Si l’on s’entraine uniquement avec des couteaux en bois ou en plastique, au moment où un agresseur sort sa lame, le choc psychologique, de voir une vraie lame est plus fort, plus déstabilisant. Le fait de s’entraîner avec un objet qui ressemble à un vrai couteau fait en sorte que le subconscient est moins déstabilisé. Il est important que la technique utilisée soit basée sur la stratégie et non uniquement sur les réflexes. Par exemple on évitera d’avoir les mains en garde de combat sportif. Cette position rend l’agresseur imprévisible, on privilégiera surtout les mains en l’air de façon à faire croire que nous nous rendons. Une autre grosse erreur est de contrôler uniquement le bras qui attaque. Un couteau, ça se change de main et ça se fait rapidement. Il faut contrôler tout le corps de l’attaquant, pas juste le bras. Il faut aussi faire preuve de gros bon sens. Un bloc en X sur une attaque style pic à glace, ça ne se fait pas. L’adversaire n’a qu’à descendre sa lame pour nous couper profondément aux avant-bras.

 

Bref, on peut se défendre efficacement contre une attaque au couteau. Un professeur compétent pourra vous donner les outils appropriés pour y parvenir. Un dernier conseil, douter toujours de ce que l’on vous enseigne, essayez de voir la petite bête noire qui fait que la technique pourrait se retourner contre nous. Le doute nous permet de voir les faiblesses de la technique et nos propres faiblesses.

 

 

 

Peut-on devenir bon en combat de situation réelle si l’on n’a jamais fait de randori ou de combat sportif?

 

Les randori et combat sportif sont d’excellents outils pour développer de bons réflexes sur un tatami. Mais hors du tatami, là où il n’y a plus de règles, il faut développer autre chose si l’on veut s’en sortir. Des ceintures noires qui ont perdu leur combat contre de bons bagarreurs de rue, ce n’est pas si difficile que ça à trouver. J’en reviens à précédente question: y a-t-il un secret pour gagner un combat de rue?

 

Les randoris ou combats sportifs sont trop variés pour créer des automatismes qui pourront s’exécuter en situation de stress. Il faut savoir que si l’on se fie à l’adrénaline, on peut avoir des surprises. Elle peut donner de la puissance 99 fois et la 100e fois, elle fera en sorte que notre corps ne peut plus bouger. On ne peut se fier à elle. J’en reviens aux automatismes qui sont justement basés sur le stress, sur la peur. Bref, tout ce qui se rapporte à l’élément eau, un principe qui fait cruellement défaut dans la plupart des styles. Ce n’est pas impressionnant comme technique, ça n’a aucune élégance, mais ça fonctionne en situation de stress et cela même contre des attaques-surprises. De plus, si dans vos combats sportifs, il n’y a pas de full contact, alors en situation réelle, vous retiendrez probablement vos coups sans vous en rendre compte. Vos automatismes feront en sorte que vous serez loin de frapper à votre maximum de puissance. Alors la réponse est non, vous n’êtes pas nécessairement meilleur en faisant plein de combats sportifs. Pour affirmer cela, je me base sur un assez grand nombre de mes étudiants qui s’en sont bien sortis lors de telles confrontations. Vous vous direz probablement que c’est curieux qu’autant de mes étudiants se soient battus. Je compte également parmi ces gens un grand nombre d’agents de sécurité, de policier et de portier dans des bars.

 

 

Y a-t-il un secret pour gagner un combat de rue?

 

Je ne sais pas s’il y en a un pour gagner le combat, mais il y en a un pour ne pas le perdre et c’est de devenir intouchable. Si vous recevez le premier coup de poing de votre adversaire, il est probable que vous perdiez votre combat et cela même si vous êtes ceinture noire dans vingt styles. Dans un premier temps il faut être conscient du contexte. Vous êtes plus à risques dans un bar louche qu’a une réunion d’affaires. Il faut également jauger l’état d’esprit de la personne avec laquelle vous avez une altercation. Qu’elle soit agressive ou calme, le mot d’ordre est de toujours garder une petite méfiance. Notre style a un atout de plus. Grâce à la pratique d’ichimonji, sans nous en rendre compte, nous développons des automatismes à reculer dans un angle où l’adversaire peut difficilement nous atteindre. Une fois le premier coup de poing évité, la plupart des arts martiaux offrent le matériel nécessaire pour ne pas perdre le combat, s’ils sont bien enseignés.

 

 

Depuis le temps que je fais des arts martiaux, est-ce que je me suis amélioré?

 

Dans les arts martiaux, il y a deux façons de voir notre évolution. La première est par les ceintures et les degrés. On se basera par ces degrés acquis pour s’autoévaluer. La seconde façon de voir demande énormément d’honnêteté. Il faut se demander si l’on est meilleur et plus efficace maintenant que nous l’étions auparavant. Normalement, après trente ans de pratique, vous devriez être beaucoup plus efficace que dans vos dix premières années. Si ce n’est pas le cas, c’est que l’art martial n’est pas basé sur vos compétences, mais sur votre forme physique uniquement. Avec les années, le budo nous amène à être toujours plus efficaces, et cela même avec le vieillissement. Si à 70 ans vous êtes trop vieux pour utiliser vos techniques martiales, il y a quelque chose qui n’est pas en accord avec le budo.